C’est super chiant d’être végétarien, en fait
Vous aurez remarqué que c’est un sujet que je n’aborde plus vraiment. Et pour cause, c’est un sujet sur lequel je peux difficilement faire de l’humour. J’ai donné des bâtons pour me faire battre dans la liste d’articles que vous souhaitiez voir sur le blog, et à ma grande surprise, ce sujet en faisait partie.
Non en fait, je ne suis pas tant surprise que ça. Vous êtes tombés dans mon piège, hinhin. Parce que la seule chose chiante dans le fait d’être végétarien c’est…
Vous.
Eh oui, ma bande de petits viandards adorés, vous qui espériez mon retournement de veste direction Bouffallo Grill façon « oh et puis fuck les cochons, ils sont trop bons », « bravo le veau » ou le trendy « hmmm Charal ».
Attention hein, si je me remets à manger de la viande pour fêter mon retour à la raison, croyez moi tout y passe. Bonjour veaux, vaches, cochons mais aussi kangourous, chiens, chatons, furets, gerbilles, chevaux, hamsters, poules d’eau, marmottes, dauphins, buses et axolotls.
Pour le steak de Kangourou, ça peut se faire rapidement, un restau le propose au coin de ma rue pour faire exotique. A côté d’une pizzeria qui propose une pizza végétarienne au thon.
Rôh et puis non j’ai changé d’avis. Vous pouvez relâcher vos chats.

Bon je suis toujours végétarienne, désolée. Hop ça c’est fait. En revanche je n’ai jamais expliqué clairement pourquoi, et comme ça risque d’être un peu long et pénible (on est dans le vif du sujet ouais, c’est chiant d’être végétarien ET de devoir expliquer pourquoi on l’est, surtout qu’en substance y’a rien de nouveau sous le soleil), j’ai tout mis dans un spoiler comme ça vous ne pourrez pas vous plaindre. Si vous voulez vraiment savoir, cliquez ci-dessous.
->Lire ma superbe explication ICI<- »
Dans mon retournement de veste j’exposais simplement la possibilité d’un retour en arrière: Je ne suis pas devenue végétarienne en rejetant simplement la viande des étalages, mais en rejetant le fait qu’il y a un mal absolu (manger du chaton)…et un mal nécessaire (manger du lapin). Logique extrémiste pour les uns, sensiblerie pour les autres.
En parlant de sensibilité…si il y a bien une industrie qui ne veut absolument pas heurter la vôtre, ce sont bien les vendeurs de trucs morts.
Rapide tour sur les sites des marques les plus connues. Aucun ne commet l’indélicatesse de montrer l’animal dont est issu le morceau bien grillé et soigneusement découpé qu’on vous présente en photo. Aucun. Et encore, si on voit de la couenne, c’est principalement la nôtre.
Quand on nous montre les bestioles elles sont, au choix: dessinées sous forme d’adorables mascottes, dans un pack « Vaste pré avec petite barrière en bois, option église dans le fond », dans une fermette désuète, voire -et ça frise l’insulte à l’intelligence- kiffant l’idée de finir dans le hachoir.
Je ne viens pas d’inventer l’eau chaude. Vous le saviez déjà. Je me suis pas réveillée un matin en me disant « wow mais on nous prend pour des cons! »
En plus cette hypocrisie est extensible à bien d’autres sujets (les pubs pour tampons ne montrent pas de sang, les pubs pour les dragées Fuca ne vont pas vous montrer…non rien). Néanmoins, ma conscience…appelons-la Columbo (l’inspecteur, pas le poulet, je n’héberge que du tofu oh.oh.oh) ne peut pas s’empêcher de lancer un œil vitreux sur la question: si ce n’est pas dérangeant de manger de la viande, pourquoi la planquer au point d’oublier la bestiole qui la contenait? Moi je trouve ça louche.
J’aime la bestiole qu’on ne me montre pas, malgré moi, même si je ne la connais que de loin. Et celles que je côtoie me renvoient dans leur regard des tas de besoins et de peurs communes.

La vérité c’est que l’inconscient collectif à mauvaise conscience – alors on le soigne et on lui sert de la viande et du poisson de plus en plus lisses et carrés pendant qu’il continue à visualiser des animaux heureux dans la campagne profitant de la vie en toute insouciance avant une retraite bien méritée dans un abattoir tenu par les bisounours. Et plus on perd ces animaux de vue, plus on les consomme sans réflechir.
Je connais beaucoup de personnes qui ont envisagé d’être végétarien, ne serait-ce que l’espace d’une seconde. C’est fugace mais l’envie est là.
Problème. La viande c’est bon. Je ne dirai jamais le contraire, même si les dernières fois où j’en ai remangé (ça arrive, inévitablement, par erreur ou par manque de choix, le plus souvent en étant invité
) j’ai trouvé ça très salé avec un goût trop envahissant et persistant (pourtant je ne crois pas manger de la nourriture très subtile au quotidien
), de toutes façons effet psychologique ou estomac plus habitué, je suis tombée malade à chaque fois ensuite.
Bref, la viande c’est bon, mais quand on s’en passe pendant une longue période et qu’on y regoûte, je vous assure que c’est pas si bon que ça. C’est sans doute une question d’habitudes. La même habitude qui fait que, même si il existe pleins d’autres choses tout aussi bonnes et sans doute plus bénéfiques, personne ne s’y intéresse parce que la seule chose qu’on ait appris à faire dans un repas, c’est de tout articuler autour de la viande/poisson/machinquifûtvivantautrefois.
Récapitulons: je ne discute pas le goût, je ne discute même pas l’argument qui me revient le plus souvent: « De tous temps les hommes ont mangé de la viande » (A chaque fois qu’on entame un poncif pareil, Dieu tue un prof dans le monde, en passant), ok les gars, je veux bien que ça ait été super utile dans les cavernes. Mais il serait peut être temps d’évoluer, étant donné…
- Qu’on dispose de tous les moyens pour s’en passer.
- Qu’on mange définitivement trop de viande au quotidien.
- Qu’on a laissé les industriels développer des méthodes d’élevage et d’abattage absolument gerbantes au nom du profit et de la viande moins chère.
- Qu’on porte préjudice à un nombre totalement hallucinant d’existences à la seconde, et si vous avez du mal à visualiser le gâchis, il y a une application pour ça.
- Qu’on porte préjudice, par extension, au caillou qu’on habite parce que ces élevages polluent.
- Qu’on apprend grâce à la science trop de choses à propos de l’intelligence des animaux pour dire amen au hachoir.
J’arrête là mon « prosélytisme », il est néanmoins impossible de parler du fait d’être végétarien sans aborder ces questions, parce que c’est tout sauf un simple choix culinaire. D’un autre côté il est impossible qu’une seule journée se passe sans être confronté à quelqu’un qui fait de la propagande dans le sens inverse, et pour aucune autre cause que celle des papilles.
Sinon, pourquoi c’est chiant?
Le fait est que ça ne rend pas très enthousiaste sur l’avenir de l’humanité. En fait, puisque qu’en ce moment on parle du syndrôme du Titanic, je peux vous dire que le jour où on va se manger un iceberg, je serai dans l’orchestre en train de jouer la musique de Benny Hill.
Cela fera bientôt un an que je ne mange plus de viande. Je devrais dire animaux morts, parce que ça sous-entend les poissons, les fruits de mer, tout ce qui ne bouge plus quoi. OUI, MÊME LES POISSONS BORDEL. Ahem j’ai peut être l’air un peu sur les nerfs là ( j’en ai assez qu’on me refourgue du poisson et qu’en plus on ait l’air de me faire une fleur).
J’ai été déçue par beaucoup de gens que je pensais ouverts d’esprit, j’ai souvent eu affaire aux pires arguments dont trop souvent le célèbre cri de la carotte, je n’ai pas eu le droit à un débat où on me laissait réellement parler et si au mieux j’étais une hippie, au pire j’étais dans une secte. Je suis probablement dans une secte en fait, parce que plus j’ai eu affaire à l’intolérance des autres, plus j’ai eu l’impression que la viande était une religion, un rite sacré que je ne devais pas remettre en question.
Le problème c’est qu’en temps normal je ne demande rien à personne, je veux juste qu’on me laisse manger ce qu’il y a autour de la viande dans les repas, même si c’est vraiment pas la fête du slip de trier les morceaux de jambon ou de manger les micro-légumes. Mais il y a toujours quelqu’un pour demander pourquoi. Alors je me vois mal leur ressortir tout le paragraphe que vous venez de lire (ou pas), et malheureusement si je m’y mets on me dit que je tue l’ambiance. Les gens ne veulent pas savoir.
Je pense qu’une autre partie du rejet des autres vient aussi du fait que certains végétariens véhiculent un sentiment d’élitisme, un peu comme si ils avaient marqué sur leur front « j’ai le courage de faire quelque chose que tu ne fais pas – en plus j’ai un esprit sain dans un corps sain et toi tu as probablement une mauvaise haleine ».
Je suis fière d’être végétarienne c’est vrai. Parce que justement ce mode de vie n’a rien de confortable, que la société qui m’entoure n’est pas d’accord, mais que je m’y tiens quand même et que quand on ne me juge pas, ça se passe plutôt bien.
Mais parfois les arguments qui tentent d’augmenter le tofu-appeal du végétarisme me laissent perplexe.

Le végétarisme est un mode d’alimentation sain
Oh Vraiment? Voyons ce que Wikipedia nous dit: « Le végétarisme est une pratique alimentaire qui exclut la consommation de chair animale, mais autorise parfois celle de certains produits du règne animal comme les produits laitiers, les oeufs, le miel, etc. »
Autrement dit, je peux me nourrir de frites et de chantilly à chaque repas et me déclarer végétarienne. Très sain anéfé. Je m’interroge sur le « mais autorise parfois ». Parfois c’est quand? A Noël?
Le végétarisme n’a pas le monopole de l’équilibre ni des carences, tout le monde est logé à la même enseigne. On peut manger de la viande et avoir un mode d’alimentation équilibré, c’est l’abus de viande, trop répandu, qui pose des petits soucis, genre des petits cancers.
Les végétariens ne sont pas gros, eux
Alors que le prix nobel qui a inventé cette connerie très répandue se dénonce. Pour la même raison que l’argument précédent, c’est impossible d’en faire une caractéristique végétarienne, qu’il y ait plus de minces chez les végétariens ou pas. Le premier qui dit le contraire viendra tâter de mes abdos en béton, et un petit peu de ma main potelée dans sa face aussi. Outre le fait que c’est stupide, l’ironie est que c’est discriminatoire, bien joué ma loutre.
Le seitan et le tofu remplacent très bien la viande
Ce n’est pas vraiment un argument mais plutôt la réponse à l’objection « la viande c’est trop bon ». J’y croyais au début. Sauf que maintenant j’aurais plutôt tendance à me méfier des recettes qui copient les grands classiques gastronomiques, genre le bourguignon de seitan. Ah ouais, ça ressemble à de la viande à s’y méprendre, la preuve, je suis malade à en crever à chaque fois que je mange du seitan (le premier qui me parle de gluten je le frappe, je veux pas en entendre parler j’ai assez d’emmerdes au supermarché comme ça).
Au goût par contre, j’ai juste l’impression de mâcher du caoutchouc salé, mais c’est certainement dû à mes talents culinaires.
Le tofu s’en sort déjà nettement mieux. Le souci, c’est que les variantes style saucisses ou jambon sont dures à trouver, souvent très chéres, et que le tofu basique pour imiter le goût de la viande ça va un moment.
Au final je n’aime pas trop les substituts de viandes, j’ai l’impression d’être comme les gens qui arrêtent le tabac et tentent de tirer des taffes sur des cigarettes en plastique.
Je ne suis pas nostalgique de la viande. Je n’ai donc pas besoin de substitut, en revanche je n’ai pas renoncé aux plaisirs de manger avec des potes autour d’un barbeuc en plein été, truc que personne n’envisagerait pour un végétarien (avec des légumes marinés-je sais c’est pas super excitant sur le papier-mais je vous jure que c’était délicieux).
Pour ne pas se sentir exclu il faut sortir entre végétariens
Et oui j’ai déjà vu passer cette réflexion quelque part sur le net.
Non mais regardez la page Wikipedia bon sang. C’est la foirefouille! Au grand banquet des Végétariens sont conviés les pesco-vegétariens, les ovo-végétariens, les lacto-végétariens, les ovo-lacto végétariens, les végétaliens, les vegans, les frugivores, les crudivores, les sproutariens (qui doivent mal vivre leur appellation), et la dernière trouvaille , les…flexitariens. Bref quand on s’engueule pas avec un omnivore, y’a toujours moyen de s’engueuler avec un autre végétarien qui a pas du tout la même vision que vous du végétarisme, et peut parfois se montrer encore plus intolérant. Le végétarisme n’est pas non plus une passion ou un hobby qui nécessite des réunions tupperware. Il y a plein de vegetariens sympa et c’est vrai que c’est plus facile de manger avec eux, et souvent je déplore de ne pas en trouver assez dans mon coin. Mais de là à choisir mes amis en fonction du végétarisme, je ne pourrais pas.
Je suis flexitarienne?
…OK arrêtez de vous marrer, évidemment le terme est débile, mais penchons nous un peu dessus, faisons preuve de souplesse voulez vous.
Le flexitarien c’est le mec qui a free, qui a tout compris – il continue à être omnivore, mais beaucoup moins. Une sorte de padawan quoi. Tous ces mouvements issus du végétarisme ne sont au final qu’une question des substances animales auxquelles on se sent prêt à renoncer ou pas: alors même si c’est peu, c’est déjà ça. Je vous encourage vivement à tous devenir flexitariens parce que si c’était le cas de tout le monde, on aurait déjà nettement moins d’emmerdes et ça obligerait les industriels à se creuser la tête pour diffuser toutes les alternatives et les saveurs inconnues qui hantent à prix d’or les petits rayons des magasins bio.
STOP! On arrête tout. Dites donc, je me sens vachement flexitarienne. Non évidemment je ne corresponds pas à la description wikipedia, mais… Y’a un truc qui m’a toujours dérangée avec le végétarisme: je me dis qu’en réalité ça n’existe pas. Non pas le terme selon Wikipedia, mais l’idéologie qu’on s’en fait au quotidien. C’est juste impossible. On peut aspirer fortement à l’être, mais quoi que l’on fasse, il y aura toujours des additifs alimentaires louches, de la gélatine dans les médicaments, de la souffrance animale dissimulée dans les achats les plus improbables.
Il n’y a pas de quoi être défaitiste au contraire, dès que je peux éviter ce genre de consommation je le fais. Je ne veux plus manger d’animaux, c’est certain et définitif. Mais je l’avoue, à part surveiller la gélatine et autre trucs facilement identifiables je ne fais pas attention aux additifs d’origine animale par exemple, en priant pour qu’il n’y ait pas de gnou dans ma tartelette au fromage. Je ne suis pas « exactement » végétarienne.
Je suis en ce moment même assise dans un fauteuil en cuir, ça la fout mal non? Le mal est fait, j’ai acheté du cuir, des produits polluants et testés sur animaux par le passé. Je ne jetterai pas ces choses, parce qu’en plus le sacrifice se transformerait en gâchis, mais à présent je fais tout pour l’éviter au quotidien. Oui, c’est vraiment pas mal cette histoire de flexibilité. On s’adapte, on fait le roseau qui plie mais ne rompt pas, aussi chiant soit le chêne d’à côté. En revanche je vais éviter d’employer le terme: « Je pratique le flexitarisme », ça sonne comme une pratique sexuelle deviante, et « je suis flexitarienne », ça me donne l’impression de jouer un alien dans un épisode de futurama.
Voilà vous savez tout, c’est brouillon, mais j’ai enfin pu en placer une. Je ne reviendrai plus sur le sujet à part pour des recettes et compagnie-je ne discuterai plus du bien-fondé de ma façon de penser, aussi tordue soit-elle. En revanche, et maintenant que vous vous sentez prêts à m’envoyer des arguments probablement mieux construits que celui du cri de la carotte, maintenant que je me suis mis plein de gens à dos, je vous coupe les commentaires. AHAHAH ça fait quel effet de pas pouvoir en placer une? Ca vous donne l’impression que je manque d’arguments pour vous répondre? Que je fais preuve de mauvaise foi et que je n’assume pas le débat construit? Bienvenue de l’autre côté de la barrière.
(C’est mesquin mais ça fait du bien)



















Excellent article ! J’ai adoré ton style, ta manière d’aborder le sujet et ton contenu.
Ton blog est franchement terrible.
BRAVO !
Super article ! C’est chouette qui tu aies rouvert les commentaires, comme ça on peut encore dire « dégueulasse » ^^ Bon ok je sors. Mais je reviendrai te lire
J’ai adoré ton article! C’est dingue la pression sociale que subissent les végétariens. « Tu manges pas de viande! » (Là je te fais l’étonné. Genre « ma soeur vient de faire son coming out « ), « Mais l’Homme est omnivore, c’est naturel » (c’est dans la nature de l’homme que de dépasser sa nature. Etre végétarien en est la preuve c’est Einstein qui l’a dit)… Une de mes collègues a même comparé le végératisme et la scientologie. Comme si ça avait un rapport …Bla Bla Bla… Oui ma belle, les végétariens sont des « monstres »! Comment osent-ils être si sensibles à la souffrances des animaux ? Comment se fait-il qu’ils se préocupent tant de la planête ? Comment se fait-il qu’ils ne soient pas aussi égoïstes que nous? Mais c’est pas Normal!!! S’ils osent me comparer à Tom Cruise alors j’oserais les comparer des nazis qui envoyaient les gitans, les gaies, les juifs et les autres dans les chambres à gaz et qui fermaient le yeux pour avoir une vie plus confortable.
Laisse les couler. Ils sont trop bêtes pour saisir.
J’adore ! Ca f’sait longtemps que je n’étais pas viendue
J’aime ta façon d’écrire et puis tout est si agréable ! Bravo ! Je viens de passer un bon p’tit moment