Le vampire et la pomme
J’ai un iPhone. Je sais, la couverture annonce une tout autre couleur, mais je vous dirai les mots bleus un peu plus tard. Pour l’instant revenons en à mon précieux, mon très-très cher nouveau compagnon: Il m’attirait, il m’énervait, il était admiré de tous pour son charme et ses capacités hors du commun. Longtemps j’ai lutté contre mes sentiments…et puis, qu’auraient pensé mes pairs si de leurs fenêtres, ils m’avaient vue pactiser avec le clan de la Pomme? Au final je n’ai fait que retarder l’inéluctable: J’avançais mes sonnants et trébuchants apparats et il fût mien. Ensuite…ben y’a pas de suite. Hé ho, on est pas dans un Harlequin. Quoique, qu’on parle d’un iPhone ou d’un Harlequin ça revient au même: à la fin de l’histoire on signe toujours un engagement.
Autre parallèle troublant: quels que soient vos besoins, avec l’iPhone, « il y a une application pour ça ». Avec les Harlequin c’est pareil. Besoin d’un fantasme spécial medecin? Papa modèle? Cow boy? Star, prince, patron, vampire, loup-garou, guerrier, gentilhomme, cheikh, badguy, plombier: il y a un Harlequin pour ça, avec la garantie que tôt ou tard l’intrigue va devenir tactile (oh.oh.oh).
Aujourd’hui nous parlerons plus d’Harlequin que d’iPhone, mais rassurez-vous ce dernier aura bien sûr un billet pour lui tout seul, que j’ajoute de ce pas à ma todolist déjà longue comme le bras. Alors, si j’ai l’embarras du choix dans mes idées de billet, pourquoi vous parler de bouquins qui se conservent moins longtemps qu’un catalogue La Redoute? A cause des Harlequinades 2009. C’est parti pour un long billet.

J’ai tout de suite accroché au challenge proposé sur Happyfew. Votre mission si vous l’acceptez, lire un Harlequin, puis y consacrer « un billet qui mettra en perspective ce roman de façon fascinante ». M’improviser critique littéraire n’est pas mon truc, mais tenter de trouver un truc fascinant dans un Harlequin c’est finger in ze nose.
Problème, je n’ai aucun Harlequin, même si j’avoue sans honte avoir déjà lu une dizaine de ces merveilles à mon actif: ça se lit en moins d’une heure, c’est divertissant, c’est encore plus blindé de clichés qu’une pub pour Cillit Bang, et surtout, ça traine dans les toilettes chez tata.
Alors j’ai pensé que Twilight: Fascination ferait l’affaire, vu que c’est un Harlequin pour ados. J’ai rassemblé tout mon courage et je me suis imposé une studieuse relecture, j’ai bookmarké chaque passage horripilant à base d’Edward est un Apollon. un Apollon. un Apollon. un Adonis. un Apollon (J’ai noté en passant que le traducteur tenait absolument à placer le verbe morigéner, qui non seulement n’est utilisé par aucun ado dans le monde, mais revient toutes les 30 pages).
Soyons honnêtes. Dans un Harlequin sans sexe, on a plus grand chose de fascinant à extraire. Je suis dans le désarroi. J’ai besoin d’un autre bouquin. Puis j’ai la révélation: il y a peut être une application iPhone pour ça?
…OMAGAD il y en a une O_O .
Rendez-vous sur l’application Stanza: une vingtaine d’Harlequin gratuits vous y attendent, à condition de pouvoir lire en anglais. On peut même pousser le vice encore plus loin car il existe des app pour acheter des mangas Harlequin (mais dont les versions complètes sont payantes, donc oui, c’est vraiment du vice).
Kiss me Deadly
Je préfère vous prévenir: lire un bouquin entier sur l’iPhone n’est pas désagréable, mais ce n’est pas la panacée non plus. J’ai lu un peu en diagonale, car au fur et à mesure que les personnages brûlaient de passion, moi c’était surtout mes yeux qui brûlaient à force de regarder le petit écran.
J’ai perdu 1/10 à chaque oeil, mais ahah! Ca en valait le coup! J’ai choisi Kiss me Deadly de Michele Hauf paru en 2007 et qui, sauf erreur de ma part, n’a pas encore été traduit en français. Kiss me deadly est une histoire de vampire, l’edito vous annonce, en gros: « Vous avez kiffé Twilight? vous allez kiffer ce bouquin!« . Rôh, c’est bon ça.
« Le cocktail de la mort », c’est ainsi que les vampires nomment le sang des sorcières. C’est un poison. Une seule goutte suffirait à détruire un vampire dans la minute. Nikolaus Drake est un des rare vampires à avoir survécu après y avoir goûté. A présent il traque la sorcière qui l’a presque envoyé à sa perte — Ravin Crosse.
Une sorcière qui passe ses nuits à chasser les clans de vampires, Ravin, a trois obligations à remplir avant de pouvoir libérer son âme. Une de ces obligations–créer un philtre d’amour–bouleverse son monde quand Nikolaus absorbe le sort de ses veines. Les ennemis naturels font rarement les meilleurs amants — mais serait-il possible que leurs intentions soient réellement les mêmes? La loyauté de Nikolaus envers son clan pourra-elle survivre si il succombe à des désirs plus sombres que lui-même? »

Au terme de ma lecture je pense que l’auteure a voulu caser le plus gros combo de win ever: Twilight, Charmed, Buffy contre les vampires et …Johnny Depp en version Jack Sparrow.
Alors lui, je l’ai pas vu venir, franchement. Jusqu’à son arrivée tout ce qui s’affichait sur mon iPhone était tristement téléphoné (j’irai en enfer pour celle là) et voilà que le Diable Himself se pointe sous les traits de Johnny – Parce que cette gourdasse de Ravin a fait un pacte avec lui. Et jusqu’a ce qu’elle tombe amoureuse de Nikolaus, il se montre sous les traits de l’homme qu’elle désire le plus. Ravin est une gourdasse qui a du goût.
Comme vous l’avez compris à la nébuleuse lecture du quatrième de couverture, au départ Nikolaus n’est pas très content. Ravin lui a gravement marravé la tronche comme dirait mémé, il en est presque mort. Il renaît de ses cendres par miracle ce qui fait de lui un vampire-phénix (très original pour la carte de visite) mais tout de même, il a de grosses vilaines blessures. Pour se venger il mord Ravin et boit son sang. Elle perd connaissance…et là pouf, Nikolaus tombe amoureux à cause du philtre d’amour qui a glissé on ne sait trop comment du frigo jusqu’aux veines de la sorcière. Pris de remords il la dépose sur le lit king size (précisé avec soin dans le texte : visiblement c’est capital pour la trame de l’histoire), et pendant que sa bien aimée est à moitié clamsée il ne trouve rien de mieux que de remarquer qu’elle n’a pas de soutif. Ouais Nikos c’est bien un mec, un vrai, pas l’aut’ tarlouze d’Edward qui est toujours puceau à 107 ans.
Une fois que Ravin est reveillée, elle n’est pas joisse de trouver un beau gosse vampire totalement à ses pieds. Faut dire, les methodes de drague de Nikos sont à revoir, il la prévient que pour la guérir de sa morsure il doit lui baver dans le cou et il lui dit qu’elle sent comme la neige en été (sic!).
Et comme toute sorcière qui se retrouve face à face avec un vampire chez elle, Ravin veut prendre un bain. Normal. En cas de conflits entre créatures imaginaires, toujours prendre un bain. C’est visiblement un excellent no man’s land car quand Nikos la rejoint, malgré ses faibles protestations, l’ambiance n’est plus trop à la castagne. RRrrrrr.
STOOOP! Il est temps de faire un checkpoint avec vous, chères lectrices pleines de bon sens. Un beau-gosse-vampire-musclé-fou-amoureux qui refile des orgasmes rien qu’avec un baiser vous le foutez à la porte le lendemain vous?
La premiere qui me répond « je l’épouse! » n’a pas saisi la rareté de la bête. Moi, je le menotte dans un placard direct pour qu’il ne s’échappe pas et que personne ne le trouve, mais chacune ses techniques.
Eh bah Ravin le lendemain elle se dit « bon débarras ».
What. Teuh. Feuk.

Réaction de Johnny à la lecture de ce billet
En fait c’est une astuce de sioux made in Harlequin: faire en sorte que les personnages s’aiment-eux-non-plus jusqu’a ce que mariage s’en suive. Conflit=lit (king size svp). Pour mener à bien un Harlequin il va falloir environ deux corps parfaits, 4 ou 5 conflits accompagnés de 50 orgasmes déclenchés par tout et n’importe quoi, 2 ou 3 personnages secondaires qui font les figurants (sauf, en l’occurence, Johnny qui se fait difficilement oublier) et un happy end aussi brutal que sirupeux sur les 5 dernières pages.
Une autre obsession somme toute plus féminine qu’harlequine: sélectionner un beau mâle oui, mais label rouge si possible. Parce qu’après « ils vécurent heureux » vient rarement « ils s’en allèrent pointer à l’anpe », le héros de l’histoire est doté généralement d’un métier confortable. Même chez les vampires il faudra veiller au grain lorsque l’œuf sera pondu. Car œuf il y aura, je ne pense pas gâcher un scoop en vous l’annonçant.
C’est ainsi qu’au bout de quelques chapitres on apprend que Nikolol est neurochirurgien.
…
Et pour vous prouver qu’il ne rigole pas, il vous sort des leçons sur le cerveau dignes de Doctissimo dès qu’il peut, tout en déplorant ce jour maudit où il a eu lui-même une tumeur. Au cerveau. Normalement, à ce stade de l’histoire, notre propre cerveau ne se sent pas très bien non plus.
Ravin de son côté est juste une vieille bulgare revancharde parce que les vampires ont tué sa famille il y a quelques centaines d’années de cela. En revanche, si la sorcellerie conserve mieux que la crème Q10, son grand âge ne la préserve pas d’un…oubli de pilule. Sauf que chez les sorcières on appelle ça un sortilège de fin de mois, ça a l’air vachement fiable dites donc. Et pour le test de grossesse, on fait pipi sur une racine enchantée? Bref. Ca n’arrange pas ses affaires parce que comme de par hasard, elle a promis de refiler son nouveau né au Diable Himself.
Et voilà, mon cerveau est totalement fondu.
Je vous épargne donc le reste de l’histoire : un vieux vampire sanguinaire qui veut brûler Ravin à la fin, le philtre d’amour qui prend fin, occasionnant un conflit king size, un pote vampire qui meurt pour faire joli, Johnny qui au final avait des plans pas très catholiques, quelques loups-garous qui font coucou en passant. Tout cela ne dure qu’une poignée de pages.
Les blessures de Nikolaus guérissent grâce à un procédé scientifique de haute volée nommé blood sugar sex magic. Vous ne rêvez pas, dans Kiss me Deadly les vampires guérissent en s’envoyant en l’air avec des sorcières. So Harlequin.
Évidemment Ravin et Nikolol gardent le bébé. Quand Ravin fait part de ses craintes à propos du Diable qui va venir chercher le rejeton, Nikolol se contente de répondre « bah on lui apprendra à s’en méfier ». OMG NIKO UR MR BRAAAAIN.
Je vois d’ici les conseils au gamin quand il ira à l’école. « Alors tu fais attention en traversant, tu n’acceptes pas de bonbons, et tu ne suis pas les inconnus qui sentent le souffre mon chéri ».
Je vous laisse avec ce dialogue tiré du bouquin, for teh lulz.
« Are you a goth? » he suddenly wondered.
« A-what? i am not! »
« You dress like one. »
« I could argue you dress the same. You’ve more black leather than a damned cow. »
« Cows are goth? »
\o/



















Excellent
!!!!
Je viens de commencer ma journée en m’étranglant de rire ! Je veux bien lire tous les Harlequin du monde s’ils sont revisités par toi ! Bravo, ta plume m’enchante décidément !
Je penserai à ce billet dès que je verrais une de ces couvs trop kitchs quelque part !
bye
ps : dans Twilight le mot qui m’a gavée est : marmoréen (franchement indiqué au moins 20 fois !)
Excellent ! Voilà une bonne tranche de rigolade dès le matin ! Ah ces Harlequinades m’auront fait bien rire derrière mon écran !
« taing j’en ai plus appris sur les vampires et les sorcières dans ton article que dans toute ma vie.
N’hésites pas en lire d’autres, au péril de ton cerveau et de tes yeux, mais pour notre plus grand plaisir.
Ainsi je sais maintenant que les sorcières disent « j’ai oublié mon sortilège » à la place de « j’ai oublié ma pilule ».
En tout cas quel prise de « brain » cet harlequin et quel tranche de rire pour nous.
Merci
…
Purée c’est flippant
Mais curieusement ça a titillé ma curiosité, je dois être gravement atteint
Il faut maintenant voter pour les meilleurs articles de ces harlequinades, et avec le tien (just in ze délais) je crois que j’ai tapé dans le mille!!!
Merci pour vos commentaires, mais attention si vous m’encouragez je risque d’en lire d’autres
stefieboop > RAH marmoréen! n’empêche le vocabulaire utilisé dans Twilight est le même que dans un Harlequin, moi je dis ça je dis rien
liliba et keisha: Bienvenue sur le blog et merci!
C’est vrai qu’on se marre bien avec ces Harlequinades, j’espère qu’il y aura une édition 2010 !
Bravo Lunem pour ton 1er prix ! C’est totalement mérité !
Bravo !!!! Je viens d’apprendre la bonne nouvelle !! Quelle star cette Lunem